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Probabilités & Statistiques

Cours 1

Introduction aux probabilités

1) Origine

  • Étude des jeux de hasard, attribuée à Blaise Pascal et Pierre de Fermat (1654).
  • Forme « moderne » de la théorie : Émile Borel (1909) / Andreï Kolmogorov (1933).
  • Kolmogorov (1933) introduit la notion d’espace probabilisé (Ω,A,P)(\Omega, \cA, P) :

Ω\Omega : « univers des possibles » (ensemble non vide)

Les éléments ω∈Ω\omega \in \Omega se nomment éventualités.

Exemple 1

Tirage de 2 dés

Ω={(i,j)∣1≤i,j≤6}={1,…,6}×{1,…,6}\displaystyle \begin{aligned} \Omega &= \{(i, j) \mid 1 \le i, j \le 6\} \\ &= \{1, \dots, 6\} \times \{1, \dots, 6\} \end{aligned}

ω∈Ω\omega \in \Omega est un couple d’entiers.

Exemple 2

Nombre de cyberattaques subies par un serveur l’année N+1N+1

Ω=N\Omega = \N (entiers)

ω∈Ω\omega \in \Omega est un entier quelconque.

Exemple 3

Hauteur maximale de crue sur l’année N+1N+1, en mètres

Ω=R\Omega = \R ou R+\R_+

ω∈Ω\omega \in \Omega est un nombre réel.

A\cA : ensemble des événements (« tribu ») que l’on veut considérer

Un événement E∈AE \in \cA est un ensemble d’éventualités, donc un sous-ensemble de Ω\Omega.

Exemple 2 (suite)

E1={0}=E_1 = \{0\} = « pas de cyberattaque »

E2=E1‾={1,2,3,… }=E_2 = \overline{E_1} = \{1, 2, 3, \dots\} = « au moins 1 cyberattaque »

Exemple 3 (suite)

E=[10,20]=E = [10, 20] = « hauteur de crue entre 10 et 20 m »

PP : mesure de probabilité, fonction

P:A→[0,1]E↦P(E)\displaystyle \begin{aligned} P : \cA &\to [0, 1] \\ E &\mapsto P(E) \end{aligned}

attribuant à chaque événement E∈AE \in \cA sa probabilité P(E)∈[0,1]P(E) \in [0, 1].

  • A\cA et PP doivent vérifier des conditions (« axiomes » de la théorie des probabilités).

2)2) Ensemble des événements (« tribu »)

a. Événements remarquables

Def

On appelle :

  1. impossible : l’événement E=∅E = \vide (ensemble vide)
  2. certain : l’événement E=ΩE = \Omega (ensemble des possibles)

b. Opérations sur les événements et opérations logiques associées

Opération logiqueOpération sur les ensemblesTraduction ensembliste
Négation« non E »\text{«}\,\soul{non}\ E\,\text{»}Complémentaire
E‾={ω∈Ω∣ω∉E}\overline{E} = \{\omega \in \Omega \mid \omega \notin E\}
∣\mid : tel que
Conjonction« E1 et E2 »\text{«}\,E_1 \ \soul{et}\ E_2\,\text{»}Intersection
E1∩E2E_1 \cap E_2
={ω∈Ω∣ω∈E1 et ω∈E2}= \{\omega \in \Omega \mid \omega \in E_1 \ \soul{et}\ \omega \in E_2\}
Disjonction« E1 ou E2 »\text{«}\,E_1 \ \soul{ou}\ E_2\,\text{»}Union
E1∪E2E_1 \cup E_2
={ω∈Ω∣ω∈E1 ou ω∈E2}= \{\omega \in \Omega \mid \omega \in E_1 \ \soul{ou}\ \omega \in E_2\}
ou inclusif

Remarque : on peut faire des conjonctions / disjonctions infinies :

  • E1E_1 ou E2E_2 ou E3E_3 …
  • E1E_1 et E2E_2 et E3E_3 …
Exemple

Ω=N\Omega = \N

E={ω∈N∣ω est pair}={0,2,4,… }En={n}E=E0∪E2∪E4∪…\displaystyle \begin{aligned} E &= \{\omega \in \N \mid \omega \text{ est pair}\} = \{0, 2, 4, \dots\} \\ E_n &= \{n\} \\ E &= E_0 \cup E_2 \cup E_4 \cup \dots \end{aligned}
Prop« Lois de De Morgan »
  1. E1∩E2‾=E1‾∪E2‾\overline{E_1 \cap E_2} = \overline{E_1} \cup \overline{E_2}
  2. E1∪E2‾=E1‾∩E2‾\overline{E_1 \cup E_2} = \overline{E_1} \cap \overline{E_2}

c. Exemples d’ensembles A\cA

① Tribu discrète

Def

A\cA est la tribu discrète si elle contient tous les sous-ensembles de Ω\Omega.

Exemple

Ω={1,…,6}×{1,…,6}\Omega = \{1, \dots, 6\} \times \{1, \dots, 6\} : tirage de deux dés

Exemple d’événement : « le deuxième dé donne 6 »

E={(1,6),(2,6),…,(6,6)}\displaystyle E = \{(1, 6), (2, 6), \dots, (6, 6)\}

Q : combien d’événements peut-on énumérer ici ?

card⁡(A)=236=68 719 476 736\displaystyle \operatorname{card}(\cA) = 2^{36} = 68\,719\,476\,736
Exemple

Ω=N\Omega = \N : nombre d’écureuils rencontrés en promenade

E1=E_1 = « j’observe au moins 2 écureuils » ={2,3,4,… }= \{2, 3, 4, \dots\}

E2=E_2 = « j’observe un nombre pair d’écureuils » ={0,2,4,… }= \{0, 2, 4, \dots\}

E1∩E2={2,4,6,… }E_1 \cap E_2 = \{2, 4, 6, \dots\}

② Tribu borélienne

On considère Ω=R\Omega = \R.

Sur un ensemble aussi « gros » que R\R : impossible en général de travailler avec tous les sous-ensembles (tribu discrète).

Pseudo-def

On appelle tribu borélienne les sous-ensembles « utiles » de R\R.

On la note B(R)\cB(\R).

En particulier, les intervalles sont dans B(R)\cB(\R) : [a,b][a, b], [a,b[[a, b[, …

d. Événements incompatibles

Def

Des événements E1E_1 et E2E_2 seront dits incompatibles si

E1∩E2⏟« E1 et E2 »=∅⏟impossible\displaystyle \underbrace{E_1 \cap E_2}_{\htmlClass{annot-vert}{\text{«}\,E_1 \text{ et } E_2\,\text{»}}} = \underbrace{\vide}_{\htmlClass{annot-vert}{\text{impossible}}}

(ne peuvent pas se produire en même temps).

Exemple

Ω={1,2,…,6}×{1,…,6}\Omega = \{1, 2, \dots, 6\} \times \{1, \dots, 6\}

E1=E_1 = « la somme est paire »

E2=E_2 = « la somme vaut 7 »

⇒E1∩E2=∅\Rightarrow E_1 \cap E_2 = \vide

3) Mesures de probabilité

a. Définition

Rappel :

  • Ω\Omega = univers
  • A\cA = ensemble des événements
Def

Une mesure de probabilité sur (Ω,A)(\Omega, \cA) est une fonction

P:A→[0,1]E↦P(E)\displaystyle \begin{aligned} P : \cA &\to [0, 1] \\ E &\mapsto P(E) \end{aligned}

telle que

  1. P(∅)=0P(\vide) = 0

  2. P(Ω)=1P(\Omega) = 1

  3. pour toute suite d’événements E0,E1,E2,…E_0, E_1, E_2, \dots deux à deux incompatibles,

    σ-additivité
    P(E0∪E1∪E2∪…⏟« l’un des En est vrai »)=P(E0)+P(E1)+…\displaystyle P(\underbrace{E_0 \cup E_1 \cup E_2 \cup \dots}_{\text{« l'un des } E_n \text{ est vrai »}}) = P(E_0) + P(E_1) + \dots
ΩE0E1E2E3

b. Additivité et conséquences

Prop

Si E1,…,ENE_1, \dots, E_N sont des événements deux à deux incompatibles, alors

P(E1∪⋯∪EN)=P(E1)+⋯+P(EN)\displaystyle P(E_1 \cup \dots \cup E_N) = P(E_1) + \dots + P(E_N)
Démo
  • Complétons la liste d’événements :

    EN+1=EN+2=⋯=∅\displaystyle E_{N+1} = E_{N+2} = \dots = \vide
  • On applique la σ-additivité :

    P(E1∪E2∪…⏟E1∪⋯∪EN)=P(E1)+P(E2)+…⏟P(E1)+⋯+P(EN)\displaystyle P(\underbrace{E_1 \cup E_2 \cup \dots}_{E_1 \cup \dots \cup E_N}) = \underbrace{P(E_1) + P(E_2) + \dots}_{P(E_1) + \dots + P(E_N)}

Conséquence n°1 : probabilité d’un événement complémentaire

P(E‾)=1−P(E)\displaystyle \htmlClass{encadre}{\boxed{P(\overline{E}) = 1 - P(E)}}

En effet : E∪E‾=ΩE \cup \overline{E} = \Omega et E∩E‾=∅\htmlClass{encadre}{\boxed{E \cap \overline{E} = \vide}} incompatibles

P(E)+P(E‾)=P(E∪E‾)=P(Ω)=1\displaystyle P(E) + P(\overline{E}) = P(E \cup \overline{E}) = P(\Omega) = 1

Conséquence n°2 : monotonie

Si E1⊂E2E_1 \subset E_2, alors P(E1)≤P(E2)P(E_1) \le P(E_2)

⊂\subset : est inclus ; « E1E_1 entraîne E2E_2 », « E1E_1 implique E2E_2 »

ΩE2E1E2 \ E1E2 privé de E1
P(E2)=P(E1)+P(E2∖E1)⏟≥0\displaystyle P(E_2) = P(E_1) + \underbrace{P(E_2 \setminus E_1)}_{\ge 0}
Exemple

Ω=R+\Omega = \R_+ : temps d’attente

E1=[10,+∞[  =E_1 = [10, +\infty[ \; = « 10 min ou plus »

E2=[20,+∞[  =E_2 = [20, +\infty[ \; = « 20 min ou plus »

Ici E2⊂E1E_2 \subset E_1 : « E2E_2 implique E1E_1 »

donc P(E2)≤P(E1)P(E_2) \le P(E_1).

c. Principe d’inclusion-exclusion

Corriger un double comptage

ΩE1E2E1 ∩ E2
P(E1∪E2)=P(E1)+P(E2)−P(E1∩E2)\displaystyle P(E_1 \cup E_2) = P(E_1) + P(E_2) - P(E_1 \cap E_2)

Justification : en exercice.

d. Premiers exemples de probabilités

① Univers fini

Ω={ω1,…,ωN}A=tribu discreˋte=tous les sous-ensembles\displaystyle \begin{aligned} \Omega &= \{\omega_1, \dots, \omega_N\} \\ \cA &= \text{tribu discrète} \\ &= \text{tous les sous-ensembles} \end{aligned}
Thm

Une mesure de probabilité PP sur Ω\Omega fini est entièrement définie par les probabilités des événements élémentaires :

pn=P({ωn}),1≤n≤N,\displaystyle p_n = P(\{\omega_n\}), \quad 1 \le n \le N,

qui vérifient :

  • pn∈[0,1]p_n \in [0, 1] pour tout nn,
  • ∑n=1Npn=1\displaystyle\sum_{n=1}^{N} p_n = 1.
Exemple : loi uniforme discrète
pn=1N→« eˊquiprobables »\displaystyle p_n = \frac{1}{N} \quad \to \text{« équiprobables »}

Pour un événement E⊂ΩE \subset \Omega quelconque :

P(E)=P(E) = somme des pnp_n pour tous les ωn\omega_n tels que ωn∈E\omega_n \in E.

② Univers Ω\Omega infini dénombrable

Ω={ω0,ω1,ω2,… }\displaystyle \Omega = \{\omega_0, \omega_1, \omega_2, \dots\}

infinité d’éventualités que l’on peut numéroter

Thm

Pour définir une probabilité sur Ω\Omega, il suffit de donner les probabilités des événements élémentaires :

pn=P({ωn}),n=0,1,2,…\displaystyle p_n = P(\{\omega_n\}), \quad n = 0, 1, 2, \dots

Elles doivent vérifier :

  • pn≥0p_n \ge 0 pour tout nn,
  • p0+p1+…⏟∑n=0+∞pn=1\underbrace{p_0 + p_1 + \dots}_{\sum_{n=0}^{+\infty} p_n} = 1.
Exemple

Lancer répété d’un dé →\rightarrow nombre de lancers avant de voir apparaître un 6 ?

Ω=N,pn=16×(56)n,n=0,1,2,…\displaystyle \Omega = \N, \qquad \allowbreak p_n = \frac{1}{6} \times \left(\frac{5}{6}\right)^n, \quad \allowbreak n = 0, 1, 2, \dots

→\rightarrow Cette mesure de probabilité s’appelle « loi géométrique » de paramètre 16\frac{1}{6}.

Rappel : pour x∈ ]0,1[x \in \,]0, 1[,

1+x+x2+x3+⋯=11−x\displaystyle 1 + x + x^2 + x^3 + \dots = \frac{1}{1 - x}

On a bien ici

∑n=0+∞pn=16⋅[1+56+(56)2+(56)3+…]=1/61−56=1\displaystyle \sum_{n=0}^{+\infty} p_n = \frac{1}{6} \cdot \bigg[1 + \frac{5}{6} + \left(\frac{5}{6}\right)^2 + \left(\frac{5}{6}\right)^3 + \dots\bigg] = \frac{1/6}{1 - \frac{5}{6}} = 1

Sommaire

  1. 1)Origine
  2. 2)Ensemble des événements (« tribu »)
  3. a.Événements remarquables
  4. b.Opérations sur les événements et opérations logiques associées
  5. c.Exemples d’ensembles A\cA
  6. ①Tribu discrète
  7. ②Tribu borélienne
  8. d.Événements incompatibles
  9. 3)Mesures de probabilité
  10. a.Définition
  11. b.Additivité et conséquences
  12. c.Principe d’inclusion-exclusion
  13. d.Premiers exemples de probabilités
  14. ①Univers fini
  15. ②Univers Ω\Omega infini dénombrable